Résistances ordinaires de quartiers populaires de Vienne à Lisbonne, de Bruxelles à Paris

 

Le projet R.E.V est un travail de recherche impulsé par le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA)

Les photographies ont été présentées lors d'une exposition à l'école nationale d'architecture Paris Val de Seine au printemps 2016.

Le projet est aujourd'hui intégré dans Trajectoires sous forme de vidéo.

 

 

A contre-courant de portraits trop rapides de la métropolisation en “rouleau compresseur”, l’idée majeure de cette recherche est de montrer que certains quartiers, marqués par des processus structurants de gentrification, sont des laboratoires où s’élaborent des moyens de faire face à la pauvreté, aux forces centrifuges, à la dégradation des conditions d’emploi, de logement et de certains espaces publics.

 

Partant du terrain, nous avons recherché les représentations des habitants.es soutenant de telles pratiques en laissant place aux plus modestes d’entre eux, migrants, étrangers, chômeurs. Nous avons longuement recueillis leurs récits et développé une méthode alliant près de deux cent entretiens non-directifs à des balades urbaines.

 

 

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photographie : Sylvaine Conord

 

Conduite par un.e habitant.e commentant son quartier, la sociologue-photographe Sylvaine Conord met visions et narrations en images. La photographie est ici pensée comme donnant accès au sens que les habitants.es attribuent individuellement à la transformation de l’habitat et des espaces publics. En nous inspirant en partie de la “méthode des itinéraires” du sociologue Jean-Yves Petiteau, nous avons choisi d’accompagner l’enquêté.e, investi.e du rôle de guide lors d’une visite de chaque quartier à Paris, à Vienne, à Lisbonne et à Bruxelles. La photographe, toujours accompagnée d’un chercheur ou d’un enquêteur de l’équipe, demandait à l’habitant.e de désigner les lieux, objets ou personnes à photographier en fonction du rôle qu’ils jouaient, positif ou négatif, dans le vécu quotidien de leur quartier. A travers le dialogue instauré avec l’habitant.e, la photographe-sociologue a co-contruit les images produites en livrant une interprétation visuelle de récits urbains.

 

Celles-ci racontent l’ordinaire de ces quartiers, entre des mondes qui se côtoient sans nécessairement se rencontrer, des temporalités décalées, et des perspectives urbanistiques incertaines. Elles décrivent des géographies emboitées et des ailleurs structurants, qui, par les moyens de communication rapide, agissent sur le vie des quartiers. Apparaissent des aires urbaines et des espaces de vie dans lesquels la référence, le point d’accroche, familial ou amical, est étroitement combiné avec le lieu où l’on a séjourné à l’occasion d’une trajectoire résidentielle accidentée, d’hôtels en chambres, de chambres en squat… avec l’espoir, parfois réalisé, d’atteindre le parc normalisé et réglementé du logement social.

 

La métropolisation est présente dans ces espaces de vie dont la centralité périphérique est une forme originale d’”esprit des lieux” fondés sur leur capacité à résister à la dureté de la vie quotidienne pour cause de précarité économique. Ces quartiers en renouvellement perpétuel depuis plus d’un siècle, au gré des tracés des chemins de fer et des plans de rénovation, en ont fait un élément de leur culture.

La vulnérabilité intrinsèque de ces quartiers n’en existe pas moins. Cependant, on y cultive une hospitalité résistante qui peut-être est aussi un moteur d’attractivité et de gentrification.

 

Equipe de recherche R.E.V (Reste En (centre) Ville - UMR LAVUE (7218, CNRS) / PUCA, Plan Urbanisme Construction Architecture)

Photographies de Sylvaine Conord

 

Pour en savoir plus sur le projet : http://www.ethnographiques.org/2016/Chabrol-Conord-Fijalkow-Henrio-Rozenholc

 

Le projet est à découvrir dans Trajectoires, l’expo qui interroge nos mobilités