Restitutions des échanges dans le cadre de la rencontre-débat : FAIRE RESPIRER LA VILLE à Nanterre

Nos intervenants :

  • Animateur et modérateur : Olivier BLOND, journaliste scientifique et président de l'association RESPIRE
  • Ingrid MASSON, architecte et urbaniste, fondatrice de l'association A l'encre du Toi(t)
  • Delphine GRINBERG, membre du collectif citoyen PARIS SANS VOITURE
  • Jean Michel GRAS, médecin tabacologue, fondation du Souffle
  • Gilles Plattner, animateur Observatoire PartiCitaE, université Pierre et Marie Curie

 

En introduction de cette rencontre, nous rappelons que l'Ile de France est actuellement en zone d'alerte aux particules fines et que les seuils d'alerte sont largement dépassés depuis quelques jours ...

 

 

Jean Michel GRAS :

"Nous avons une capacité à utiliser l'oxygène contenu dans l'air de façon rapide et intense, accompagnée d'une capacité de pénétration du milieu aérien très importante. La pollution ou les agents infectieux ont une entrée facile dans notre corps ! Cela engendre des dégâts directs sur nos poumons.

Même quand l'exposition est moins dangereuse, des personnes peuvent percevoir la pollution de l'air : irritation, toux, mucus, voire inflammation. Les personnes plus sensibles, elles, développent des allergies ou de l'asthme. En cas de pic, comme en ce moment, les réactions peuvent être plus fortes.

De plus, une exposition répétée ou plus longue, fatigue les organes et use nos capacités de résistance. Une partie des polluants peut se retrouver dans la circulation sanguine et conduit à des impacts cardio-vasculaires. C'est une réalité lourde pour la santé publique. On ne voit pas forcément de dégradations soudaines de la santé, car cela se développe dans le temps.

Les particules fines ont une grande force de pénétration dans l'organisme. Des études commencent à mettre en évidence leurs effets néfastes sur la santé (notamment pour les véhicules au diesel)."

 

Environ 48 000 morts (anticipées) par an sont imputables à la pollution de l'air, dont une majorité par accidents vasculaires. La qualité de l'air dans le système cardio-vasculaire a un rôle qui commence à être étudié, mais cela demande une réaction rapide et rigoureuse.

 

Gilles PLATTNER, Observatoire PartiCitaE :

"Les sciences participatives permettent à tous d'intervenir dans le processus d'accumulation des connaissances. Nous avons lancé notre premier protocole portant sur l'analyse de la qualité de l'air : Lichen GO ! Nous demondons aux habitants d'apprendre à reconnaître les lichens (symbiose d'algues et de champignons) qui ont des sensibilités différentes à la pollution de l'air. L'idée, c'est de cartographier la qualité de l'air en zone urbaine. Plus l'implication des citoyens sera forte, plus la carte sera grande et précise.

La forte variabilité locale de la pollution n'est pas repérable dans les grandes analyses modélisées par région. Ce protocole permet d'être très précis. Nous pouvons établir des analyses dans des lieux précis, des écoles par exemple.

Nous développons également un capteur portatif que nous souhaitons donner aux écoliers afin de mesurer les variations de pollution dans leur environnement proche. "

 

Faire respirer la ville

Une dernière étude d'Airparif  démontre que rouler à vélo sur la route représente une exposition à la pollution de 30% de plus que sur la voie de bus, et 50% de plus que sur la piste cyclable. 

 

 

Ingrid MASSON :

"La question de l'air intéresse beaucoup l'architecture. La réponse à la pollution de l'air se fait en ville par la réduction des trajets en voiture et par la réduction des consommations d'énergie. Mais l'exposition est plus forte pour la population dans les villes denses et non plus étalées. Il faut repenser la forme des bâtiments et avoir des données sur la pollution permet de concevoir des habitations qui protègent de cette exposition (hauteurs, orientation par exemple). Nous pouvons par exemple proposer des cartes stratégiques de l'air pour prendre en compte ce paramètre dans le PLU. Il faudrait donc modéliser les villes pour qu'elles s'adaptent à la pollution .

 

Avec notre association, A l'encre du Toi(t) à Montrouge, nous sensibilisons le public à l'architecture des villes grâce des processus participatifs et pédagogiques. Nous prenons en compte les réflexions des habitants, leur expertise d'usage. Son avis est important, même si aujourd'hui, il n'est pas informé en amont de tous les projets d'aménagement. Et c'est dommage. "

 

 

Question : y a-t-il des lois sur la densification des villes ?"

 

 

Ingrid MASSON :

"Cela fait partie officiellement des politiques de développement durable dans les Plans Locaux d'Urbanisme. Mais bâtir trop haut empêche la dispersion des polluants, donc il y a forcément une limite. Densifier, n'est pas que synonyme de construire en hauteur, c'est aussi créer des bâtiments dans lequels se rencontrent les habitants, où l'on mixe les usages. "

 

 

Jean Michel GRAS :

"La densification urbaine réduit les transports mais cela n'est pas suffisant poru combattre la pollution de l'air."

 

 

 

Delphine Grinberg partage son expérience de création du collectif "PARIS SANS VOITURE".

 

 

Delphine GRINBERG :

"En fait, c'était une idée folle que nous avons eue avec des amies, Paris sans voitures. Des exemples nous ont inspirées : les habitants de Montreuil regroupés sous "la voie est libre" ont coupé l'autoroute pour faire le plus grand éco-festival de France. Tous les ans, la ville de Bruxelles coupe la circulation automobile sur plus de 160 km². Alors pourquoi pas Paris ?

 

La première édition en 2015 n'a concerné que les quartiers centraux mais déjà les résultats étaient là ! Pendant 6 heures, la pollution a baissé de 30%. Pour la seconde édition en septembre dernier, nous avons été appuyés par la mairie de Paris. Et cela a très bien fonctionné aussi. Notre objectif pour 2017 : dépasser le périph' !"

 

Paris sans voitures

Question : Comment reprendre cette initiative et l'appliquer dans sa commune ? Comment s'y prendre ?

 

Delphine GRINBERG :

"Il faut partager ses expériences pour convaincre. "

Gilles PLETTNER :

" Pour que les citoyens s'approprient ces actions et les reproduisent, il faudrait éventuellement réflechir à la mise en place d'outils mutualisés. "

 

Question : Quel impact de « Paris sans voiture » sur la politique de la ville ? 

 

Delphine GRINBERG :

" Il y a une vraie prise de conscience des maires des grandes villes face à ce problème. Paris Sans Voiture ne pèse peut être pas beaucoup mais cette initiative en complète d'autres que la ville met déjà en place."

 

Question : Que doit-on rechercher en premier pour faire un choix dans l'aménagement d'une ville ?

 

Ingrid MASSON :

"Les villes sont construites autour de la circulation ne laissant pas de place aux piétons. On commence à sortir de cette logique et d'entrer dans d'autres modèles en intensifiant les villes.Prenons l'exemple le projet de la Tour Triangle, qui regroupe locaux de travail, magazins et habitations."

 

Question : Par rapport aux sportifs, au moment de l'effort il y a besoin d'apport massif d'air donc d'O2, le sportif prend cet air pollué de plein fouet ?

 

Jean Michel GRAS :

"Il vaut mieux éviter un effort physique trop important lorsqu'il y a un air trop pollué autour de nous."

Olivier BLOND :

" Il y a toutefois un équilibre entre les bienfaits de l'effort physique et les effets nocifs de la pollution. Par contre, pour les enfants, l'activité physique est arrêtée lors des pics de pollution. Des études montrent que 25% des élèves dont les établissements se trouvent proches du périphérique sont asthmatiques. Là où se trouvent également bon nombre des équipements sportifs de la ville de Paris et bon nombre d'habitations aussi."

Ingrid MASSON :

"La présence de ces logements autour du périph' s'expliquent surtout par leurs années de construction dans les années 20-30, avant le périphérique et l'essor de la voiture. La prise de conscience de la pollution nous amène à penser différemment l'agencement des habitations. On éloigne les pièces à vivre des voies de circulation par exemple. La pollution extérieure amenée dans le logement est donc diminuée mais il reste aussi une pollution à l'intérieur des logements dûe à nos propres activités."

Gilles PLATTNER :

" Une pollution est une concentration d'un produit ou de produits dans un endroit, donc en espace clos ces concentrations peuvent rapidement augmenter. Il est important d'aérer."

Jean Michel GRAS :

"Rajouter des produits combustibles, tels que l'encens, des bougies ou des désodorisants dans l'air ne l'assainit pas, au contraire. Brûler change la constitution des molécules et provoque la formation d'autres produits.  "

 

Question : Et pour les huiles essentielles ou le papier d'Arménie ?

 

Jean Michel GRAS :

"Les huiles essentielles ne posent pas de problème. Au contraire, le papier d'Arménie est très nocif, puisqu'on le brûle."

 

Question : Moi qui ne suis pas en grande ville, mais plutôt en zone péri-urbaine, est ce que je suis également touchée par cette pollution de l'air ?

 

Olivier BLOND :

"La pollution touche les petites villes et les milieux ruraux aussi. Le problème des pesticides en milieu rural est sous-estimé, toute comme est sous-estimé le problème des brûlages des déchets. Cela peut paraître marginal, mais dans la vallée de Chamonix, il y a un vrai problème de qualité de l'air. Au début, on pensait que cela venait de la circulation routière (tunnel du Mont Blanc) mais après des études, il a été confirmé qu'une grande partie de cette pollution était due aux émissions des cheminées. C'était donc les habitants avec ce moyen de chauffage qui participaient à cette pollution ambiante."

 

Question : Est ce que le port de masque en papier est utile ?

 

Jean Michel GRAS :

"Ils évitent la diffusion des microbes quand quelqu'un est malade, mais il ne protègent pas de la pollution. Il faut un autre type de masque, avec des filtres. Il vaut mieux utiliser son écharpe qu'un masque en papier."

Olivier BLOND :

"Il est même conseiller aux cyclistes de ne pas porter ce type de masques car ils empêchent la circulation de l'air pendant l'effort. "

Gilles PLATTNER :

" Il faut créer de la connaissance pour faire prendre conscience de tout ça. Mettre au courant les citoyens pour leur permettre d'agir à leur niveau et de s'impliquer dans des projets à plus grandes échelles."

 
Faire respirer la ville débat

Quelques témoignages des participants :

 

Anne : Les intervenants étaient complémentaires, ouverts. Ce n'était pas une table ronde polémique où les orateurs s'affrontent, et c'est une excellente chose. Au-delà de la science et des chiffres, informations scientifiques nécessaires à la compréhension des enjeux du débat et qu'ils nous ont fournies avec précision, ils ont insisté, et démontré par leurs exemples personnels, que les défis liés à la qualité de l'air peuvent être abordés par des démarches citoyennes, y compris à toute petit échelle. Ils se sont tous montrés disponibles pour échanger au-delà de la table ronde.

Enfin,  j'ai été soufflée par la performance dansée de Julie !

 

Jean Pierre : C'était une rencontre très intéressante qui ouvre des pistes de réflexions pour des projets locaux que je souhaite mener avec mon association. La carte de l'air de Montrouge me donne des idées pour essayer de sensibiliser les habitants à des pratiques différentes."

 

Olivier (animateur) : Il m'a semblé que nous avons collectivement réussi à faire passer des idées intéressantes et reflétant notre diversité, et que nous avons réussi à répondre aux questions ou aux attentes du public. Le tout dans une convivialité et une circulation de parole qui donnait sa place à chacun.

 

Anonyme : La présence d'un médecin à ce type de réunion est essentielle. Il faut rappeler que c'est avant tout notre santé qui est en jeu ! Comprendre comment notre corps réagit à tout ce qui nous entoure, ces gaz, ces pollutions, à l'extérieur et à l'intérieur, c'est vital pour agir tous ensemble. Dommage, que plus de monde ne soit sensible à ce sujet. Merci à l'exposition de proposer ce type d'initiative. C'est important.

 

Merci à Camille SANCHEZ et Audrey DUBIN, médiatrices scientifiques de l'exposition "Air, l'expo qui inspire" pour la prise de notes de cette rencontre-débat.

Merci à Hervé DAGO pour le live-twitte dont on retrouve l'intégralité sur son storify ICI

 

Commentaires

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire

Votre nom ou pseudonyme, affiché avec le commentaire.
Votre adresse email ne sera pas visible.
Saison Air

Impact de l'homme sur l'air et impact de l'air sur l'homme : voici le thème de la première saison du projet (2014-2017).

Découvrez l'historique du travail des groupes de citoyens et de la conception de l'exposition, ainsi que l'actualité de l'itinérance de l'exposition « Air, l'expo qui inspire » et des évènements.