Rencontre autour de la mobilité et du baroque avec les stagiaires de l'Ecole de la Deuxième Chance

Dans le cadre QSEC² Mobilité et de Génération Lully, trois journées de rencontres et d'échanges ont eu les 21, 22, et 23 juin.

Mercredi 21 juin matin, les stagiaires ont pu découvrir le Centre de la Musique Baroque de Versailles et son histoire sous la conduite de Cécile Rault. Ils ont échangé avec Viviane Niaux, la bibliothécaire du CMBV, qui leur a fait découvrir d'anciens ouvrages et partitions.

 

Visite du CMBV

Bibliothèque CMBV

Bibliothèque CMBV'

 

Ils ont ensuite assisté à la conférence de Madame Barbara Nestola, ingénieur d'étude CNRS / CMBV, sur Les musiciens italiens à Paris au XVIIe siècle. L'opéra naît en Italie au XVIIe siècle. Le succès de ce nouveau genre est énorme et gagne l'ensemble du monde occidental via les voyages et résidences de musiciens italiens. La France fait exception. Les musiciens italiens viennent mais ne restent pas, quelles en sont les raisons ? Mazarin, alors principal ministre d'État, a la volonté de diffuser la culture italienne en France, pour ce faire, il fait venir à Paris de nombreux artistes italiens dont la célèbre cantatrice et compositrice romaine Leonora Baroni. Elle conquiert la Reine Anne d'Autriche et obtient même l'accès à ses appartements. Malgré son succès, elle ne reste pas à Paris et retourne à Rome. Il semblerai qu'elle n'est pas eu la reconnaissance pécuniaire qu'elle espérait. En effet en France, les musiciens et compositeurs ont un statut d'artisan : ils fabriquent la musique et sont donc rémunérés à ce titre. Mazarin tente à plusieurs reprises de faire succomber la cour au phénomène de l'opéra italien. L'auditoire est majoritairement réfractaire : le texte en italien n'est pas compris et l'ensemble est jugé beaucoup trop long. C'est un échec, les musiciens italiens rentrent après les représentations.

 

Conférence de Barbara Nestola

 

Louis XIV désireux de donner une identité culturelle propre à la France, cesse ces échanges italiens peu fructueux. C'est alors qu'apparaît Giovanni Battista Lulli, modeste florentin arrivé en France pour donner des leçons d'italien à la Grande Mademoiselle. Il fait oublier ses origines italiennes en francisant son nom : Jean Baptiste Lully. Il conquiert le Roi et sa cour avec sa musique. Il obtient les charges de surintendant de la musique et de secrétaire du Roi. En 1675, il crée le premier opéra français et remporte un vif succès. Pourquoi cette réussite ? Se conformant aux goûts de la cour, il raccourcit la durée, intègre de la danse et écrit un livret en français. Auréolé de gloire, Lully est le seul artiste italien de cette période à être resté à Paris.

 

Mercredi après-midi, les stagiaires ont assisté à la conférence de Madame Anne Amiot-Defontaine du Musée des Arts Décoratifs, historienne d'art, sur La mobilité des arts, techniques et goûts à la période baroque et influences sur les créations contemporaines. Les arts décoratifs français se forment sous l'impulsion de Henri IV qui fait venir des artisans italiens pour former les français. Le prestige des arts décoratifs et de la mode française ne fait que croître et Paris devient la capitale du luxe sous Louis XIV. De nouveaux meubles apparaissent comme la commode et le bureau. Les meubles sont des cadres dans lesquels les ornements s'expriment comme dans la musique baroque. Ils sont décorés de marqueteries d'écailles, de cuivre, de bois formant des motifs de grotesques, de rinceaux, de fleurs, draperies, de pots à feu... Ces motifs présents sur l'ensemble des arts décoratifs se diffusent en Occident via les gravures et livres. Les vêtements deviennent véritablement à cette époque des signes extérieurs richesses au même titre que nos vêtements siglés de marques. Ils sont fait de plusieurs mètres de tissus, ornés de dentelles et de bijoux. Avec l'arrivée du coton en France, il est désormais possible d'avoir des vêtements blancs. Le blanc d'un entretient difficile devient également synonyme de richesse. Les femmes sont dépendantes jusque dans leurs vêtements, elles ne peuvent se vêtir seules, ils sont cousus sur elles. À la mort de Louis XIV, en réaction au classicisme stricte de son fin de règne, le style rocaille fait son apparition. Il est caractérisé par sa forte inspiration de la nature et ses formes irrégulières. Les céramistes se permettent des formes de plus en plus audacieuses et travaillées grâce aux évolutions des fours. Au XVIIIe siècle naît aussi le goût du confort et de l'intimité : la commodité. Les pièces se spécialisent de même que les meubles. Leurs nouvelles lignes courbes sont reprises en architecture. Les meubles à châssis sont inventés, ils permettent un remplacement aisé de leur tissus aux changements de saisons et de suivre la mode. Les meubles à transformations et à mystères font fureurs. Les vêtements suivent aussi ces évolutions. Leur coupe se complexifie et leur confère un dynamique et une impression de mouvement alors que le corps y est contraint et maintenu. L'Orient fait également son apparition avec les chinoiseries. Nous avons pu voir la reprise des éléments du style baroque aux travers des créations comme celles de Jean Paul Gautier, Christian Lacroix, le salon Tulipe d' Eero Saarinen ou encore François-Xavier Lalanne et son Rhinocrétaire.

 

Jeudi 22 juin, les stagiaires ont assisté à la conférence de Monsieur Cyril Lachèze, doctorant Histoire des Techniques de l'Université Paris 1, sur La mobilité des techniques et évolution du violon à la période baroque. À cette période il n'y a pas encore de distinction entre la musique savante et musique populaire. Les premiers orchestres apparaissent au début du XVIe siècle, et permettent le jeu de compositions musicales plus complexes. Le violon naît, aux alentours de 1530-1540 dans la région de Milan, de l'évolution d'instruments médiévaux. Il est alors cantonné à la musique populaire, les nobles le rejetaient trouvant qu'il ne sonnait pas juste, lui préférant la viole de gambe. Mais l'apparition de virtuoses le fait changer de classe. Il se diffuse en Occident avec l'expulsion et l'émigration des juifs du nord de l'Italie. La musique s'adapte alors à ce nouvel instrument. Sa tenue évolue également, d'abord joué au niveau de la taille, il monte ensuite au niveau de l'épaule.

 

Conférence de Cyril Lachèze

 

Monsieur Lachèze fait parti du mouvement prônant l'utilisation d'instruments d'époque baroque, du moins des copies, pour jouer cette musique. En effet, ce sont eux qui rendent au plus prés le son de l'époque.

 

Conférence de Cyril Lachèze'

 

Les stagiaires ont eu droit à de magistrales démonstrations afin d'illustrer au mieux son propos. Les stagiaires ont pu s'essayer au violon.

 

 

Jeudi après-midi : Les stagiaires de l'E2C ont pris en main le logiciel Reaper sous la direction d'un intervenant de Mixage Fou et ont créé leurs samples de musiques baroques.

 

Mixage Fou

 

Vendredi 23 juin au matin, nouvelle conférence de Monsieur Cyril Lachèze, doctorant en Histoire des Techniques de l'Université Paris 1, sur la Mobilité et similitudes entre musique baroque et musiques populaires contemporaines. La musique baroque se construit autour d'un même basse (ground ou thème) et de ses de variations/ornements. La musique populaire actuelle se construit de la même manière. Les stagiaires ont pu le comprendre avec le morceau Last Muthafucka Breathin' de Tupac Shakur dans lequel un même motif est repris en boucle avec pour seule variation l'ajout ou la disparition d'instrument. À la période baroque une cinquantaine de basses circulaient en Europe, elles servaient de langage commun aux musiciens. Ces motifs sont repris et retravaillés durant des siècles comme par exemple le thème de la Folia, qui apparaît au Portugal à la fin du XIVe siècle. Nous pouvons voir le même phénomène avec Blue des italiens Eiffel 65 ou Chuck Berry qui recyclait lui-même ses propres thèmes et structures d'une chanson à l'autre, comme Johnny B. Goode. À l'aide d'un clavecin, d'un piano et d'un violon, nous avons eu la démonstration des sept modes théorisés au Moyen Age. Ils sont abandonnés au XVIIIe siècle au profit du mode majeur et mineur, pour être réutilisés par le métal et notamment le mode interdit. Le diapason a lui aussi évolué, il a tendance à monter mais la musique actuelle tend maintenant à utiliser l'ancien.

 

Conférence de Cyril Lachèze''

 

 

Vendredi après-midi : Les stagiaires ont réalisé leur propre mixage de musique baroque en utilisant leurs samples. Leurs créations seront utilisées lors de l'exposition QSEC²  Mobilité.

 

Mixage Fou''

Mixage Fou'

 

Ces trois jours ont été riches en échanges. Ils ont permis aux stagiaires de mieux comprendre le mouvement baroque et ses richesses, né des migrations et échanges.